Extrait 4, texte

Publié le par oral-francais-1l-smdb.over-blog.fr

Texte 4 :

Acte I, scène 3

 


ARLEQUIN, se promenant sur le théâtre avec Cléanthis.

Remarquez-vous, Madame, la clarté du jour ?

 

CLEANTHIS.

Il fait le plus beau temps du monde; on appelle cela un jour tendre.

 

ARLEQUIN.

Un jour tendre ? Je ressemble donc au jour, Madame.

 

CLEANTHIS.

Comment ! Vous lui ressemblez ?

 

ARLEQUIN.

Eh palsambleu ! le moyen de n'être pas tendre, quand on se trouve en tête à tête avec vos grâces ? (A ce mot, il saute de joie.) Oh ! oh ! oh! oh !

 

CLEANTHIS.

Qu'avez-vous donc ? Vous défigurez notre conversation.

 

ARLEQUIN.

Oh ! ce n'est rien : c'est que je m'applaudis.

 

CLEANTHIS.

Rayez ces applaudissements, ils nous dérangent. (Continuant.) Je savais bien que mes grâces entreraient pour quelque chose ici, Monsieur, vous êtes galant; vous vous promenez avec moi, vous me dites des douceurs; mais finissons, en voilà assez, je vous dispense des compliments.

 

ARLEQUIN.

Et moi je vous remercie de vos dispenses.

 

CLEANTHIS.

Vous m'allez dire que vous m'aimez, je le vois bien; dites, Monsieur, dites; heureusement on n'en croira rien. Vous êtes aimable, mais coquet, et vous ne persuaderez pas.

 

ARLEQUIN, l'arrêtant par le bras, et se mettant à genoux.

 

Faut-il m'agenouiller, Madame, pour vous convaincre de mes flammes, et de la sincérité de mes feux ?


CLEANTHIS.

Mais ceci devient sérieux. Laissez-moi, je ne veux point d'affaires; levez-vous. Quelle vivacité ! Faut-il vous dire qu'on vous aime ? Ne peut-on en être quitte à moins ? Cela est étrange.

 

ARLEQUIN, riant à genoux.

Ah! ah ! ah ! que cela va bien ! Nous sommes aussi bouffons que nos patrons, mais nous sommes plus sages.

 

CLEANTHIS.

Oh ! vous riez, vous gâtez tout.

 

ARLEQUIN.

Ah ! ah ! par ma foi, vous êtes bien aimable et moi aussi. Savez-vous ce que je pense ?

 

CLEANTHIS.

Quoi ?

 

ARLEQUIN.

Premièrement, vous ne m'aimez pas, sinon par coquetterie, comme le grand monde.

 

CLEANTHIS.

Pas encore, mais il ne s'en fallait plus que d'un mot, quand vous m'avez interrompue. Et vous, m'aimez-vous ?

 

ARLEQUIN.

J'y allais aussi, quand il m'est venu une pensée. Comment trouvez-vous mon Arlequin ?

 

CLEANTHIS.

Fort à mon gré. Mais que dites-vous de ma suivante ?

 

ARLEQUIN.

Qu'elle est friponne !

 

CLEANTHIS.

J'entrevois votre pensée.

 

ARLEQUIN.

Voilà ce que c'est; tombez amoureuse d'Arlequin, et moi de votre suivante. Nous sommes assez forts pour soutenir cela.

 

CLEANTHIS.

Cette imagination-là me rit assez. Ils ne sauraient mieux faire que de nous aimer, dans le fond.


ARLEQUIN.

Ils n'ont jamais rien aimé de si raisonnable, et nous sommes d'excellents partis pour eux.

 

CLEANTHIS.

Soit. Inspirez à Arlequin de s'attacher à moi; faites-lui sentir l'avantage qu'il y trouvera dans la situation où il est; qu'il m'épouse, il sortira tout d'un coup d'esclavage; cela est bien aisé, au bout du compte. Je n'étais ces jours passés qu'une esclave; mais enfin me voilà dame et maîtresse d'aussi bon jeu qu'une autre; je la suis par hasard; n'est-ce pas le hasard qui fait tout ? Qu'y a-t-il à dire à cela ? J'ai même un visage de condition; tout le monde me l'a dit.

 

ARLEQUIN.

Pardi ! je vous prendrais bien, moi, si je n'aimais pas votre suivante un petit brin plus que vous. Conseillez-lui aussi de l'amour pour ma petite personne, qui, comme vous voyez, n'est pas désagréable.

 

CLEANTHIS.

Vous allez être content; je vais rappeler Cléanthis, je n'ai qu'un mot à lui dire; éloignez-vous un instant et revenez. Vous parlerez ensuite à Arlequin pour moi; car il faut qu'il commence; mon sexe, la bienséance et la dignité le veulent.

 

ARLEQUIN.

Oh ! ils le veulent si vous voulez; car dans le grand monde on n'est pas si façonnier; et, sans faire semblant de rien, vous pourriez lui jeter quelque petit mot clair à l'aventure pour lui donner courage, à cause que vous êtes plus que lui, c'est l'ordre.

 

CLEANTHIS.

C'est assez bien raisonner. Effectivement, dans le cas où je suis, il pourrait y avoir de la petitesse à m'assujettir à de certaines formalités qui ne me regardent plus; je comprends cela à merveille; mais parlez-lui toujours, je vais dire un mot à Cléanthis; tirez-vous à quartier pour un moment.

 

ARLEQUIN.

Vantez mon mérite; prêtez-m'en un peu à charge de revanche.

 

CLEANTHIS.

Laissez-moi faire. (Elle appelle Euphrosine.) Cléanthis !

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