Extrait 3, analyse
Acte I, scène 3
Vous etudierez la dénonciation théâtrale de cléanthis
Marivaux vient de commencer sa carrière théâtrale parallèlement à ses activités journalistiques quand il présente en 1725 L’île des Esclaves, comédie en un acte, jouée par des comédiens italiens. On retrouve les traits de la Commedia dell’arte (le gourdin du maître, l’humour du valet) mais doublé d’une utopie morale et sociale qui propose une inversion des conditions maître/valet dans le but de donner une leçon aux maîtres ingrats, exigeants et cruels. Iphicrate et Arlequin ont déjà échangé leur place et Cléanthis dresse maintenant le portrait de sa maîtresse, Euphrosine à Trivelin, une sorte de médiateur. Dans sa dénonciation on perçoit tantôt des informations sur Euphrosine, tantôt des informations sur elle-même.
1° Les reproches de Cléanthis à Euphrosine.
- "le sommeil l'a-t-il rendue belle [...] Madame verra du monde aujourd'hui" l 2, 4 & "son visage [...] est en état, il n'y a rien à craindre." l 5, 7à Coquette.
- "Comment vous portez-vous, Madame ? - Très mal, Madame; j'ai perdu le sommeil; il y a huit jours que je n'ai fermé l'œil; je n'ose pas me montrer, je fais peur." l 21-23à Menteuse.
- " elle a les yeux petits, mais très doux.»; et là-dessus, vous ouvriez les vôtres " l 47 & " en ôtant vos gants sous prétexte de m'en demander d'autres. Mais vous avez la main belle; il la vit, il la prit, il la baisa [...] et c'était là les gants que vous demandiez" l 51-54 à Manipulatrice.
- "vous vous donniez des tons, des gestes de tête, de petites contorsions, des vivacités." l 47, 48 à Séductrice.
- "Madame est une des plus belles femmes du monde. » Que de bontés, pendant huit jours, ce petit mot-là ne me valut-il pas !" l 63, 63 à Narcissique.
- "je mis à son insu des fleurs dans la ruelle de son lit […] J'attendais une vapeur, elle est encore à venir […] en compagnie, une rose parut, crac, la vapeur arrive." l 76, 77 à Simulatrice.
- "mettre un négligé [...] on dirait qu'une femme qui le met ne se soucie pas de paraître [...] on y dit aux gens : « Regardez mes grâces, elles sont à moi, celles-là »; et d'un autre côté on veut leur dire aussi : « Voyez comme je m'habille, quelle simplicité ! il n'y a point de coquetterie dans mon fait. »" l 88-94 à Fausse simplicité
- "on y jette un regard indifférent et dédaigneux sur des femmes qui sont à côté, et qu'on ne connaît pas" l 104, 105
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Les révélations de Cléanthis à son sujet.
- "nous autres esclaves, nous sommes doués contre nos maîtres d'une pénétration !... Oh ! ce sont de pauvres gens pour nous." l 24-26 à Perspicacité
- "J’ai l’oreille fine" l 44 à Observatrice
- "Je riais" l 48 & "C’était là les gants que vous demandiez" l 53 à Intelligente
- "à son insu" l 76 à Fourbe
- " à d'autres" l 90 à Observatrice
- "avec quelle emphase, avec quel air imposant" l 102 à Jalousie
Ce que Cléanthis dénonce das un portrait très théâtralisé, au registre ironique, avec des paroles rapportées au discours direct libre c’est : la coquetterie de sa maîtresse, sa vanité, son désir de séduire, d’être flatté. Elle dénonce ses caprices, ses lubies (les vapeurs), sa superficialité, son narcissisme, sa fausse simplicité, son dédain et ses grands airs quand elle va au spectacle…
Et surtout, ce que Cléanthis lui reproche c’est de l’avoir traité comme un objet au quel on ne prends pas garde, une potiche qui ne comprends rien, de l’avoir blessé dans sa sensibilité (alors que ses analyses et observations prouve à quel point elle est lucide et intelligente). Pour autant, c’est aussi une femme capable de tendre des pièges à sa maîtresse et de faire preuve d’envie et de jalousie à son égard, et être capable d’aller très loin pour se venger
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